Comment calculer son MRR, son ARR et son churn sans se raconter d'histoires
Le MRR est le premier chiffre que réclame tout investisseur, mais il n'existe aucune norme officielle : voici la méthode propre pour le calculer, le décomposer et le rendre défendable en due diligence.
Pourquoi le MRR est le chiffre que tout le monde te demandera
Investisseurs, acheteurs, banquiers et ta propre équipe lisent la santé d'un SaaS à travers trois chiffres : le MRR (revenu mensuel récurrent), l'ARR (revenu annuel récurrent) et le churn. Le problème : il n'existe pas d'organisme qui normalise leur calcul. Deux fondateurs peuvent afficher « 50 k€ de MRR » avec des méthodes différentes, et la due diligence finit toujours par recalculer. Autant le faire proprement dès le premier jour.
Ce qui entre dans le MRR, et ce qui n'y entre pas
Le MRR ne mesure pas ce que tu as encaissé ce mois-ci, mais ce que ton portefeuille d'abonnements actif représente par mois, une fois ramené à une base mensuelle.
- Abonnements mensuels : leur prix, tel quel, hors taxes.
- Abonnements annuels : le prix annuel divisé par 12. Un contrat de 1 200 € par an compte pour 100 € de MRR, pas 1 200 € le mois de l'encaissement.
- Remises récurrentes : déduites du montant (un abonnement à 100 € avec 20 % de remise permanente compte pour 80 €).
- Exclus : frais de mise en place, prestations de conseil, ventes uniques, TVA, remboursements ponctuels.
- Usage variable : à traiter à part. Le revenu à la consommation est récurrent en pratique, mais volatil ; la plupart des équipes le suivent séparément ou en moyenne glissante sur 3 mois.
- Essais gratuits : ils n'entrent dans le MRR qu'à la conversion en abonnement payant.
La formule : les quatre mouvements du MRR
Ne suis pas un total, suis les mouvements. Le total te dit où tu en es, les mouvements te disent pourquoi.
- Nouveau MRR : abonnements de clients qui n'avaient jamais payé.
- MRR d'expansion : hausses chez des clients existants (montée de plan, sièges ou usage supplémentaires).
- MRR de contraction : baisses chez des clients qui restent (rétrogradation de plan).
- MRR perdu (churn) : abonnements résiliés.
Le calcul de fin de mois est :
MRR final = MRR initial + nouveau + expansion − contraction − perdu
Le MRR net nouveau du mois est la somme des quatre mouvements (nouveau + expansion − contraction − perdu). S'il est positif, ton portefeuille grossit ; s'il est proche de zéro alors que tu acquiers des clients, ton problème est la rétention, pas l'acquisition.
De MRR à ARR
L'ARR est simplement le MRR × 12. Il n'a de sens que pour des revenus réellement récurrents : ne multiplie jamais par 12 un mois record de ventes uniques ou une pointe d'usage.
- Utilise l'ARR pour communiquer à l'extérieur (levée, valorisation, comparaison avec d'autres SaaS) et pour les contrats annuels.
- Utilise le MRR pour piloter au quotidien : il réagit plus vite, mois après mois.
- Ne mélange pas avec le chiffre d'affaires comptable : le CA comptabilisé et l'ARR divergent dès qu'il y a des contrats annuels facturés d'avance ou des prestations.
Mesurer le churn correctement
Deux mesures, deux réalités différentes.
- Churn logo : nombre de clients perdus sur la période divisé par le nombre de clients au début de la période. Il dit combien de clients partent.
- Churn de revenu : MRR perdu (plus contraction) divisé par le MRR initial. Il dit combien d'argent part.
Les deux divergent souvent : perdre beaucoup de petits clients et garder les gros donne un churn logo élevé et un churn de revenu faible, et inversement. Pour la vision complète, ajoute deux ratios :
- GRR (Gross Revenue Retention) : (MRR initial − contraction − perdu) / MRR initial. Il ne peut pas dépasser 100 %.
- NRR (Net Revenue Retention) : (MRR initial + expansion − contraction − perdu) / MRR initial. Au-dessus de 100 %, ta base existante croît toute seule.
Calcule toujours le churn sur une cohorte (les clients présents au début du mois), pas sur la base totale incluant les nouveaux venus, sinon tu dilues artificiellement le taux.
Exemple chiffré
Un SaaS démarre le mois à 20 000 € de MRR. Dans le mois : 3 000 € de nouveaux abonnements, 800 € d'expansion, 300 € de contraction, 1 000 € de résiliations.
- MRR final = 20 000 + 3 000 + 800 − 300 − 1 000 = 22 500 €
- MRR net nouveau = 2 500 €
- Churn de revenu = (1 000 + 300) / 20 000 = 6,5 %
- GRR = 93,5 %
- NRR = 97,5 %
- ARR = 22 500 × 12 = 270 000 €
Lecture : la croissance est réelle (+12,5 %), mais un NRR sous 100 % signale que l'acquisition compense une base qui fuit.
Les outils pour ne pas le faire à la main
Dès que tu as quelques dizaines d'abonnés, branche un outil sur ta facturation plutôt que de tenir un tableur : le tableau de bord de Stripe Billing ou ChartMogul calculent les mouvements de MRR automatiquement à partir des abonnements. Vérifie deux points de configuration : la conversion des annuels en mensuel, et le traitement des remises et des essais.
Les pièges classiques
- Compter l'encaissement annuel comme du MRR du mois où il tombe, ce qui gonfle artificiellement un mois puis le vide.
- Inclure les prestations et l'onboarding payant, qui ne se renouvellent pas.
- Oublier de déduire les remises, donc surévaluer le MRR de plusieurs points.
- Calculer le churn sur la base totale au lieu de la cohorte de début de période.
- Afficher un ARR à un investisseur sans pouvoir le réconcilier avec la facturation : c'est le premier point que la due diligence vérifie.
- Suivre le total sans les mouvements, et découvrir trop tard que l'expansion masque un churn qui progresse.
À retenir
- Définis ton MRR par écrit (inclus, exclus, remises, essais) avant de le communiquer.
- Suis les quatre mouvements chaque mois, pas seulement le total.
- Compare churn logo, churn de revenu, GRR et NRR pour comprendre la nature de tes pertes.
- Automatise le calcul depuis ta facturation et garde une réconciliation avec la comptabilité.